Les Amphis de Rimmel

Méthodologie complète du commentaire composé #2: Les liens logiques: Construire une argumentation

I. Les plans de base: Respecter les contraintes formelles
      a) Le plan de base de l'introduction
      b) Le plan de base du commentaire
      c) Le plan de base de la conclusion


 II. Les liens logiques: construire une argumentation                       

      a) Qu'est-ce qu'une argumentation?
      b) Les liens logiques au sein du plan                                                                          
      c) Les liens logiques au sein de votre argumentation  

 III. Construire son plan: Présenter une démonstration
      a) Trouver les mots et idées clés
      b) Les organiser en argumentation
      c) Les "nourrir" par la bibliographie

 

 

II. Les liens logiques: Construire une argumentation

a) Qu'est-ce qu'une argumentation?

  L'argumentation est aux Lettres ce que la démonstration est aux Maths. A savoir: Faire la preuve de ce que l'on avance.
En effet, quoi qu'on en dise, l'étude littéraire n'est pas qu'une question de "subjectivité". Ne nous leurrons pas: On ne PEUT (ni ne doit!) avancer n'importe quelle ineptie sous prétexte que c'est comme ça que l'on comprend (ressent?!) le texte (à ce sujet, oubliez tout de suite les considérations personnelles telles que "c'est beau"/"c'est moche"/"L'auteur était un vilain bonhomme" etc...)
A l'inverse, il est vrai que la culture affine le jugement dans le sens où certains symboles ou rapprochements ne peuvent être vus que si on les connait par ailleurs. Là, et là seulement, réside la subjectivité de l'étude d'un texte, autrement dit: sa finesse. Vos idées seront jugées recevables si vous apporter la preuve que l'on peut envisager cette hypothèse à l'étude du texte. Alors lâchez-vous! Faites-vous plaisir, jouez à l'explorateur, à la chasse au trésor au sein de l'œuvre. Si vous respectez le texte, on ne vous en tiendra pas rigueur, au contraire!

Respectez simplement ceci: lorsque vous présentez une idée, prouvez par tous les moyens possibles qu'elle est recevable: 

  • Par une citation du texte,

c'est la condition sine qua non, minimum, que dis-je! fondamentale pour être sûr de ne pas avancer de sottise plus grosse que moi (quoique depuis mon régime... bref, passons!!!)

  • Par un commentaire éclairé et instruit,

surtout pas d'à-peu-près; cela prouverait au mieux votre manque de sérieux, au pire votre mauvaise foi (je fais dire au texte ce que je veux au lieu de dire ce que le texte - et le bon sens! - voudraient). Pour cela, n'hésitez surtout pas à aller fouiner dans vos autres matières, toutes vos autres matières: l'Histoire-Géo, les langues, voir les Maths (et oui! Le "nombre d'or" pendant le classicisme, ça vous dit quelque chose?!) ou tout autre culture. Chaque savoir est précieux, et réutilisable!


-->Exemple: Parlons de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Son rôle est de diffuser les savoirs. Problème: L'illettrisme au XVIIIème. C'est déjà bien de savoir qu'il y en avait à l'époque me direz-vous. Certes, mais c'est mieux de le prouver par des chiffres:

-->"Sachant que l'on estime à 60% environ le taux d'analphabétisme avant la révolution (en gardant à l'esprit que les 40% restant sont dénombrés sur leur capacité à signer, ce qui ne signifie nullement que l'on sait lire, et encore moins que l'on est lettré!), on peut dès lors s'interroger sur la diffusion -et, partant, de l'impact social- d'une œuvre qui était pourtant destinée à permettre au plus grand nombre d'accéder au savoir." *


  • Par une comparaison judicieuse,

Vous êtes libres, tant que ce n'est pas trop capillotracté!  Cela peut être: dans la même œuvre, une autre œuvre du même auteur, un autre auteur sur le même sujet / du même mouvement etc...

 

 Voici le coeur de l'argumentation. Mais argumenter signifie aussi poursuivre une réflexion, vos idées doivent donc être hiérarchisées et organisées. Comme un fil d'Ariane: il doit impérativement avoir une cohérence et une logique interne à votre devoir, une dynamique. A vous donc les relations de cause à effet, les nuances, les oppositions... Ce sera notre deuxième partie.

 

b) Les liens logiques au sein du plan

 

  1. Selon la nature de votre plan
 
Il existe plusieurs sortes de  plan:

--> Le plan dialectique (thèse, antithèse, synthèse / dépassement) ;

--> Le plan analytique (description d'une situation ou explication, analyse des causes ou illustration, analyse des conséquences ou commentaire) ;

--> Le plan thématique (réflexion sur une (ou plusieurs) notion(s), il s'agit de répondre progressivement à la question du sujet en présentant différents arguments de manière ordonnée). **

Comme vous le voyez, et même si ces structures de bases doivent impérativement être personnalisées selon le sujet et votre propre réflexion,  il y a toujours une cohérence dans le déroulement du plan. Voyons maintenant plus précisément lesquelles:

  • Le plan dialectique:

ou thèse, antithèse, synthèse / dépassement

Entre Le I (Thèse) et le II (Antithèse), nous voyons une relation d'OPPOSITION. Vos liens logiques seront donc: néanmoins, a contrario, pourtant, cependant... Une bonne idée est de les intégrer à la transition entre ces deux grandes parties.


Exemple: La Bérénice de Racine est-elle une tragédie?

I. (Oui) Le respect des règles de la tragédie classique
II. (Non) La possibilité du choix ou l'absence de fatalité

Transition:

Ainsi, il apparaît clairement que Racine, dans sa Bérénice, a parfaitement respecté les règles énoncées par Boileau et qui sont les fondements même de la Tragédie classique. Néanmoins
, une des composantes essentielles de cette Tragédie manque à l'appel: La notion de Fatalité.

Enfin, la synthèse n'est pas un "peut-être", partie "bâtarde" qui serait l'équivalent littéraire du "Ne se prononce pas" des sondages. Non, la synthèse est explication: comment peut-il y avoir un "oui" ET un "non"? Pour illustrer cela, voici un exemple de 'thèse/antithèse/synthèse" judicieux et sympathique que nous avait donné un prof:

"Je suis chauve/J'ai des cheveux/C'est PARCE QUE je porte une perruque!".   

 là, les liens logique seront des liens de causalité: Il en est ainsi car... ou un "dépassement" du sujet, c'est-à-dire un élargissement du contexte de problématique: On peut donc dire que dans une certaine mesure...

 
Reprise de l'exemple racinien:

I. (Oui) Le respect des règles de la tragédie classique

II. (Non) La possibilité du choix ou l'absence de fatalité
III. (Explication): Une tragédie sur la forme, un drame avant l'heure sur le fond?

Transition du II au III:

Là se situe donc tout le paradoxe de la Bérénice racinienne: Si les contraintes formelles de la tragédie sont toutes remplies, le fond de l'histoire, lui, se rapprocherait plutôt d'un drame avant l'heure.


 

  • Le plan analytique:

ou "explicatif":

Entre Le I et le II, nous voyons une relation de CAUSALITÉ ou de CONSÉQUENCE, voire parfois d' ÉLARGISSEMENT. Vos liens logiques seront donc: ainsi, en conséquence, parce que, donc, c'est pourquoi... Une bonne idée est de les intégrer à la transition entre ces deux grandes parties.


Exemple: Dom Juan ou le festin de Pierre de Molière:

Don Juan et la figure paternelle: une rébellion à l'autorité, par exemple.

I. Don Juan face à Don Luis ou le refus du cadre familial.
II. Don Juan face au Commandeur ou le rejet de l'ordre social.
III. Don Juan face à Dieu ou l'opposition à la morale chrétienne.

Transition du I au II:


Mais Don Juan aura face à lui une deuxième figure paternelle, le Commandeur, à la dimension symbolique encore plus  manifeste puisque celui-ci reviendra par delà la mort tenter de ramener Don Juan à la raison. Il prendra donc la figure de la société elle-même, main de la justice -humaine comme divine.

Transition du II au III:

Ainsi, cette figure de la société chrétienne qu'est le Commandeur n'est que le messager d'une puissance encore supérieure: l'autorité suprême, "Dieu le père". Don Juan, pêcheur, ne méritera pas de se retrouver face à lui, mais Sa présence n'est pourtant pas omise dans la pièce.


 

  • Le plan thématique:

Entre Le I et le II, nous voyons une relation de COMPLÉMENTARITÉ pour pouvoir répondre au sujet. C'est à dire que votre réponse à la problématique naîtra d'un "patchwork" de notions. Vos liens logiques seront donc: De même, ainsi, de la même manière, de plus, parallèlement à cela... Une bonne idée est de les intégrer à la transition entre ces deux grandes parties.

 


Exemple: En quoi le motif du voyage dans Jacques le fataliste et son maître de Diderot participe-t-il au fait que cette œuvre puisse être considéré comme une "parodie" de roman?

I. Voyages et "bras cassés": Une parodie du roman chevaleresque
II. Voyage et considérations philosophiques: Une parodie du "bildungsroman" (ou roman d'apprentissage)

Transition du I au II:


De même que, nous l'avons vu, la dimension parfois  burlesque des personnages accepte une interprétation parodique de leurs "hauts-faits", la simplicité souvent bouffonne de leurs considérations philosophiques autorise elle aussi l'hypothèse de la parodie du roman d'apprentissage.

 

         2. Au sein de vos titres

 Et oui! Petite astuce: pour être sûr que votre plan soit cohérent, tentez de transformer ses titres en phrases qui se répondent.
Plusieurs conséquences (sympa) à cela:

- Comme je viens de le dire, si votre "phrase-plan" signifie quelque chose, vous êtes sûr que votre plan est cohérent.

- Vous aurez une phrase affirmative: à quelle question répond-elle? Une fois cette dernière trouvée, YOUPI! vous avez votre problématique personnelle.

-  Votre annonce de plan, pour intro et conclusion est toute trouvée! Essayez de faire de même avec les titres de sous-parties, ça aide pour les chapeaux et transitions!

 


Reprise de l'exemple racinien:

I. (Oui) Le respect des règles de la tragédie classique

II. (Non) La possibilité du choix ou l'absence de fatalité
III. (Explication): Une tragédie sur la forme, un drame avant l'heure sur le fond?

Le plan sous forme de phrase:

I.  Une œuvre respectant les règles de la tragédie classique...
II. ... Mais trahissant, par la possibilité du choix la notion fondamentale de fatalité...
III. ...La "Bérénice" de Racine serait donc à la fois une tragédie sur la forme, et un drame avant l'heure sur le fond.

 

b) Les liens logiques au sein de votre argumentation

 

 Soit la construction de base du corps de texte (et hop! une piqure de rappel!):

 


  • Citer

(Fondamental. Si vous ne trouvez pas de citation pour étayer vos dires, c'est que vous êtes en total H.S!)

  • Commenter

(Explication + informations personnelles sur le sujet)

  • Comparer
(Soit avec une autre citation de l'œuvre, ou d'une autre de l'auteur, ou d'une autre d'un auteur différent sur le même sujet... Cela servira à étayer votre thèse)

 


 

Il est évident que ce serait une grossière erreur de simplement remplir les champs sans les lier entre eux... n'oubliez jamais que l'on juge autant votre réflexion que vos connaissances!


  1. Voici déjà un petit tableau des principaux connecteurs logiques:

 

Cause à cause de
à la suite de
en raison de
grâce à
du fait de
car
en effet
parce que
puisque
comme
étant donné que

Conséquence
But

pour
afin de
en vue de
de là
d'où
donc
aussi
par conséquent
en conséquence
c'est pourquoi
ainsi
dès lors
pour que
afin que
si bien que
de façon que
de sorte que
dès lors que
Addition
en outre
en plus de
en sus de
et
de plus
en outre
par ailleurs
ensuite
d'une part...d'autre part

aussi
également
outre que
sans compter que
et
Opposition
Concession

malgré
en dépit de
loin de
contre
au contraire de
au lieu de
mais
or
néanmoins
cependant
pourtant
toutefois
au contraire
inversement
en revanche
bien que
quoique
même si
alors que
tandis que
tout...que
quelque... que...

 

    2.   Conseils

 - Surtout, n'oubliez pas d'introduire vos citations:

"blablabla" on peut donc dire que... Vous ne trouvez pas ça moche, vous??? Non, mieux vaut emballer le cadeau (!)... du style: "Sur le sujet de la religion dans Candide, écoutons Voltaire lui-même: "citation""; ou encore: Diderot critique vivement l'institution du mariage, qu'il juge contre-nature. Il fera ainsi dire au vieux tahitien, à la ligne X, que: "citation". 

Si pour cela il vous faut commenter un peu avant de citer, ce n'est pas grave! le plan n'est que le squelette, à vous d'y mettre la chair qu'il vous plaira!

 -  Du commentaire à la comparaison, il n'y a de toute façon qu'un pas.

Franchissez-le en mettant l'accent sur les similitudes qui existent entre les deux idées: De la même façon que, on retrouve ceci dans, etc... N'oubliez pas l'intérêt de la comparaison: prouvez que votre idée n'est pas une "idée en l'air" mais une réelle piste de réflexion, bref que ça ne sort pas "de nulle part"... puisqu'il y a des précédents!

 - Usez et abusez en tout moment des connecteurs logiques.

En fait, dès que vous passez d'une idée à une autre. Pensez à un enchaînement en sport (allez, prenons la GRS par exemple) : si vous ôtez un mouvement de transition, dans le meilleur des cas, le spectacle sera décousu, et dans le pire, le mouvement suivant ne pourra même pas être effectué. Dans vos devoirs, c'est pareil. Même si vos idées sont justes, mais pas liées entre elles, on pourrait carrément passer à côté de ce que vous voulez dire. Si, si, je vous assure... et c'est même pas forcément parce que le prof n'est pas malin, hein!

 

 

 

 

 A suivre!

 

 

*Informations: Jean Vogler, inspecteur général, ancien chargé de mission du Groupe Permanent de Lutte contre l'Illettrisme (GPLI) à l'occasion de la journée d'étude "Formation de formateurs" du 29 septembre 2004 organisées par l'IUFM de Créteil, recueillies sur:

http://www.creteil.iufm.fr/fileadmin/documents/siteFFO/Service/Productions/Illettrisme_Vogler.pdf

** Infos recueillies sur:  

http://www.etudes-litteraires.com/bac-francais/technique-dissertation.php

Vos commentaires

1 Le Vendredi 13 Juin 2008 à 20:04 GMT+2, par mwamba

la logique comme nous l'avions vu , étudie la validité des raisonnements .l'argumentation est aussi une logique dans la mesire ou il est question des raisonnements qui ne sone pas absolument convaicants mais qui disposent d'une force persuasive indeniable.

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