Compte-rendu d'articles sur « Le Miracle de Théophile » de Rutebeuf
Une étude du "Miracle de Théophile" de Rutebeuf (littérature médiévale) et d'articles relatifs à ce texte (« Le Diable dans le Comment Theophilus vint a penitance de Gautier de Coinci et dans le Miracle de Théophile de Rutebeuf » de Micheline de Combarieu et "The devil and Hell in the medieval french drama » d’Edelgard Dubruck).
Matière: Littérature médievale
Année: Licence 3
Note: 19,5/20
| Sommaire de l’étude sur « Le Miracle de Théophile » |
Partie n°1 : Exposé
Introduction
I. Présentation des articles
A. Structure et synthèse de « Le Diable dans le Comment
Theophilus vint a penitance de Gautier de Coinci et dans le Miracle de
Théophile de Rutebeuf » de M. De Combarieu.
B. Structure et synthese de “The devil and hell in medieval
french drama” de E. Dubruck
II. Application des articles au « Miracle de Théophile »
A. Application de l’article de Combarieu : Théophile et la
responsabilité
B. Application de l’article de Dubruck : Pacte avec le
Démon, anti-baptême et vassalité diabolique
III. Elargissements
A. Analyses critiques des articles
B. Pistes de réflexion : Eléments de culture générale sur le
texte
Conclusion
Partie n°2 : Annexe
I. Notes
II. Illustrations
A. Tableaux de synthèse des articles
B. Textes d’illustrations
III. Bibliographie
A. Bibliographie générale
B. Références iconographiques
Extrait: Introduction + Analyse critique de l'article de M. De Combarieu + tableaux n°1 et 2 + bibliographie
Introduction
Rutebeuf est parfois considéré comme un précurseur des poètes maudits : Comme Baudelaire, il se présente comme indolent, et s’il ne se présente pas en tant que génie –bien au contraire !- il rejoint Musset lorsqu’il nous rappelle que la seule chose qu’il sache faire, c’est écrire ; à la manière d’un Rimbaud, il jouera sur la figure du poète.
Pourtant, celui qui sera le père de Théophile est au XXème siècle moins estimé que Villon, qui finira au bout d’une corde : le thème du repentir qui lui est si cher (n’oublions pas qu’il a écrit une « Repentance Rutebeuf ») le dessert dans un siècle qui regarde la religiosité avec mépris.
Néanmoins, pour cet auteur de la rédemption (« La vie de sainte Marie l’Egyptienne », « Le miracle du sacristain »…), le mal existe aussi, personnifié par la figure du diable quasi inséparable du péché.
Ce diable médiéval a donné lieu à de nombreux articles, dont deux, puisqu’ils se rapportent au démon dans « Le Miracle de Théophile » nous intéresseront ici. Il s’agit tout d’abord de « Le Diable dans le Comment Theophilus vint a penitance de Gautier de Coinci et dans le Miracle de Théophile de Rutebeuf » de Micheline de Combarieu et de « The devil and Hell in the medieval french drama » d’Edelgard Dubruck.
L’intérêt de cette étude croisée résidera donc dans le parallèle entre, dans un premier temps :
- l’évolution du rôle du diable au sein des texte de Gautier de Coinci et de Rutebeuf, et, dans une plus large mesure,
- de la place de ce dernier parmi ses autres traitements dans la dramaturgie médiévale française.
Pour ce faire, nous commenceront par présenter les deux articles en en donnant la structure et le résumé, puis nous tenteront d’en appliquer certains points à notre texte, « Le Miracle de Rutebeuf », puis nous finirons en élargissant cette étude par une lecture critique et des compléments d’ordre généraux au sujet des articles.
Analyse critique de l'article de M. De Combarieu
Micheline de Combarieu dans son article dresse donc une étude comparative des deux textes cités supra et tire comme conclusion partielle que le « Théophile » de Rutebeuf serait bien moins orienté vers l’édification que son prédécesseur, notamment du point de vue de la pénitence :
…A partir du moment où le retournement du repentir éclate, Théophile s’en remet totalement à la Vierge de l’arracher aux griffes de Satan […]. Mais il ne semble pas faire entrer en ligne de compte ni une réforme de sa vie, gage de son repentir, ni le regret de sa faute expliqué dans les larmes.
Or, il me semble que, si le repentir du Théophile du « Miracle » est effectivement moins spectaculaire que celui de Coinci (cf. notamment l’absence de larmes), il n’en reste pas moins que du point de vue symbolique, il soit riche de sens chrétien.
Ainsi, du brusque revirement de situation « Ici se repent Theophiles », l’auteur de l’article envisage diverses possibilité d’explications stylistiques (utilisation d’une technique dramatique figeant les scènes frappantes, respect des « occulta cordis », moindre attention à la psychologie des personnages…) mais ne prend pas en compte l’hypothèse symbolique.
En effet, le cycle de sept ans qui sépare le pacte de la re-conversion pourrait renvoyer à la signification biblique de ce chiffre (le deuxième, après le trois bien sûr, le plus chargé de sens).
Dans la religion chrétienne, du point de vue temporel le « 7 » est un élément structurant : La création se serait faite en sept jours, Adam et Eve aurait vécu sept heures dans le jardin d’Eden, les sept prêtres auraient tournés sept jours autour de Jéricho avec que ses murs ne s’effondrent au septième coup de trompette, etc.
Cette hypothèse de l’intervalle symbolique est d’autant plus plausible qu’au Moyen-Age, on découpait la vie humaine en sept âges d’une durée de sept ans[x].
Une période de sept heures, semaines ou ans renvoie donc à un cycle, à la fin duquel un changement, ou une évolution intervient forcément. On peut dès lors imaginer la re-conversion de Théophile non comme un revirement brusque, sans transition ni raison, mais comme un aboutissement logique : point n’est besoin d’un déclencheur, le point de bascule étant la fin elle-même de la période.
De même, en rapport à la prière à Notre-Dame, M. De Combarieu souligne le fait que le Théophile de Rutebeuf ne montre pas les mêmes signes, ni le même engagement dans son repentir que celui de Coinci :
On est donc amenée à penser que, pour Rutebeuf, Théophile tombé aux mains du diable peut et doit seulement compter sur l’intervention de la Vierge ; celle-ci ne lui demande d’ailleurs rien, contrairement à ce qui se passait chez Gautier.
De la réaction de Notre Dame, elle dira : « Elle commence bien par le rabrouer, mais c’est plus une sorte de mouvement d’humeur qu’un souci de tester la sincérité de l’orant ».
Pour ma part, je voudrais souligner un point qui me paraît important : Théophile s’y reprend par trois fois avant que Notre-Dame accepte de l’aider. Or, dans la tradition chrétienne, le chiffre trois représente « le mouvement interne à l’unité »[5] ; si le 2 est un chiffre symboliquement néfaste puisque attaché à la dualité[xi] (Dieu : l’unité originel ; 2 : Le même plus son antagonisme, le diable), le chiffre « 3 » est le chiffre de l’accompli, celui de la trinité.
De façon plus précise encore, on note trois degré de pénitence dans la théologie catholique : la contrition, la confession, et enfin la satisfaction. Or, Notre Dame, avec ses deux refus consécutifs, permet symboliquement à Théophile de franchir ces trois étapes : une façon, peut-être, de tester la sincérité de l’orant autrement que par des larmes.
D’autant plus, peut-être, que le premier rejet (qui n’en est à proprement parler pas un, puisqu’elle lui demande simplement son nom et de fait ne le reconnaît pas comme l’un des siens) permet à Théophile de remotiver le nom qu’il porte (Theo- : Dieu, -Phile : qui aime) : Rutebeuf use alors du procédé d’annominatio pour justifier l’authenticité des sentiments du clerc.
Parallèle entre les tableaux 1 et 2:
Tableau n°1:
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Etapes du baptême |
Etapes du pacte diabolique |
Dans le « Miracle de Théophile »
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Signe de la croix |
Interdiction du signe de la croix |
« Ne t’i covient pas Dieu proier ne reclamer » v.216/217 |
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Introduction par le parrain |
Introduction par le juif |
« Uns crestiens s’est sor moi mis… » v.239 |
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Question de l’évêque |
Question du démon |
« Requiers m’en tu ? » v.239 |
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Demande de foi (c à d de protection divine)
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Demande de protection au diable |
« Or vouis vieng proier et requerre que vous m’aidiez à cest besoing » v. 237/238 |
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Soumission |
Soumission |
« Je ferai ce que fere doi./Bien est droit vostr plesir face… » v. 285/286 |
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Mise au service de Dieu |
Mise au service du diable |
« Je lor serai fel et irou » v.336 |
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Signature (facultative) |
Signature |
« Vez le ci : je les ai escrites. » v. 255 |
Tableau n°2:
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Hommage feodo-vassalique
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Pacte dans « Le Miracle de Théophile » |
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Introduction par un vassal
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« Uns crestiens s’est sor moi mis… » v.239 |
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Question du suzerain
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« Requiers m’en tu ? » v.239 |
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Etreinte des mains |
« Or joing tes mains, et si deviens mes hons » v.240 |
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Promesse de foi par le vassal
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« Vez ci que je vous faz hommage » v. 243 |
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Soumission |
« Je ferai ce que fere doi./Bien est droit vostr plesir face… » v. 285/286 |
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Mise au service du suzerain
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« Je lor serai fel et irou » v.336 |
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Signature
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« Vez le ci : je les ai escrites. » v. 255 |
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Remise du fief
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« Te ferai […]grant signor » v.246 |
Par Rimmel, Mardi 20 Novembre 2007 à 00:00 GMT+2 dans Fayote! (ou mes travaux universitaires) (article, RSS)





