Etude sur l'homosexualité dans "Les faux-monnayeurs" d'André Gide
Une étude d'une quinzaine de pages sur "L'homosexualité dans Les faux-monnayeurs d'André Gide", avec bibliographie indicative et annexes thématiques.
Matière: Littérature française
Année: Licence 3
Note: 18/20
Partie I : Exposé
Introduction
I. L’homosexualité explicite ou l’histoire exemplaire du couple Olivier/Edouard…
A. Une homosexualité idéalisée…
1. Olivier et Edouard, seul couple heureux…
2. …Dont la romance explique le cheminement vers l’homosexualité.
B. …Doublée d’une justification de la péderastie.
1. des « Lolita » avant la lettre ou l’adolescent comme demandeur d’une relation sexuée…
2. … Face à son vertueux aîné, avatar d’un père idéal.
II. L’homosexualité implicite ou le refus d’une sexualité narcissique et perverse
A. Androgynie et dandysme, faces noires de l’homosexualité « fin de siècle »
1. Le couple Lilian/Vincent ou l’homosexualité latente de la
gynandre.
2. … L’homosexualité du Dandy, ou le désir de soi-même.
B. L’onanisme mystique dirigé : L’onanisme comme simulacre de l’homosexualité
1. La magie de Boris : Un onanisme suggéré aux pouvoirs mystiques.
2. La lutte jacobienne de Bernard : Un simulacre de relation homosexuelle comme introspection spirituelle.
III. Les traces biographiques de l’homosexualité gidienne : du refus charnel de la femme aimée à l’obsession de la sexualité adolescente.
A. Le refus charnel de la femme ou les avatars de Madeleine, cousine vénérée.
1. Bronja, l’enfant qui voyait des anges : les résurgences d’une enfance mystique et castratrice.
2. Laura, la femme-idole : l’amour misogyne comme spiritualité.
B. L’obsession de la sexualité adolescente : « Les faux-monnayeurs » comme traité de sexologie juvénile.
1. L’affleurement de l’obsession ou « Les Faux-monnayeurs » comme traité de sexologie juvénile…
2. … Preuve de la récurrence du fantasme pédérastique gidien.
Conclusion
Partie II: Annexe
Tableaux, bibliographie, schémas, biographie...
Extrait: Introduction + chapitre liminaire
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in du XIXème siècle, début du XXème. La littérature vire à la passion, au noir, au diabolique peut-être même : De Baudelaire à Mallarmé, en passant par Barbey d’Aurevilly, la prose comme le vers se déchaînent.
La société, elle, est chrétienne, profondément chrétienne, la France a la foi qui balance entre catholicisme et protestantisme.
André Gide, né en 1869, sera pétri de ce paradoxe ; sa personnalité sera « complexe, fuyante, balancée en des aspirations contradictoires vers la liberté totale et vers le conformisme, tout ensemble sensuelle et puritaine[1]». Or, on ne peut dissocier son œuvre de sa vie, sa vie de son œuvre. Chaque texte porte en lui des traits autobiographiques, chaque personnage est un peu Gide –ou Madeleine, la cousine aimée –ou l’un de ses contemporains, admiré ou décrié.
« Les cahiers d’André Walter », « Les nourritures terrestres », « Si le grain ne meurt »… Chaque récit est aussi une réflexion, une tentative de jugement sur la fracture cruciale de l’âme gidienne : La dissociation du corps et de l’esprit –équilibre serein, ou cause de damnation sociale sinon mystique ?
René Leloir en dira « A travers les caprices imaginatifs et les vagabondages du désir, André Gide n’a jamais cessé de poursuivre Dieu ».
Cette formule, à merveille, pourrait résumer le seul roman de Gide, « Les faux-monnayeurs ». En effet, si l’on y trouve bien les « caprices imaginatifs », c’est pris en étau entre la réflexion mystique et les vagabondages dictés par son désir.
Car sa vie la plus intime est abordée ; l’homosexualité, par le truchement de deux des personnages centraux, se trouvant au centre de l’intrigue. Ce thème est par ailleurs développé de façon secondaire et plus implicite dans les relations d’autres protagonistes.
Ainsi, l’homosexualité est présentée sous un jour clairement mélioratif par l’histoire, que l’on peut qualifier d’ « exemplaire », du couple Olivier/Edouard. Cependant, une autre forme d’homosexualité, plus tacite celle-ci car refusée par l’auteur, apparaît comme narcissique et perverse. C’est donc à travers cette vision antithétique de cette forme de sexualité que l’on retrouve les traces biographiques de l’homosexualité gidienne, du refus charnel de la femme aimée à l’obsession de la sexualité adolescente.
L’histoire d’amour entre ces deux personnages centraux que sont Olivier et Edouard peut être qualifiée d’ « exemplaire » en ce sens qu’à travers leur relation, c’est une homosexualité idéalisée que nous présente l’auteur. De la même façon, la péderastie (il convient de rappeler la différence d’âge au sein du couple) trouve ici une justification –une sorte de tentative d’entrée en grâce.
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Cette idéalisation de l’homosexualité semble s’effectuer en deux temps dans « Les faux-monnayeurs », et ceci par le biais d’Olivier et Edouard, dont l’histoire explique la découverte d’une homosexualité proprement libératrice–ainsi que par leur statut d’unique couple heureux du roman.
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Il est donc intéressant de noter en premier lieu que, dans une œuvre de la rupture telle que « Les faux-monnayeurs », le seul couple, basé sur l’amour et la confiance, qui ne se déchirera pas est celui d’Olivier et Edouard, « pédérastes sains». Ainsi, les relations hétérosexuelles nous sont présentées comme fondées sur l’hypocrisie et le mensonge (Cf. la très représentative figure du couple Molinier : Oscar trompe Pauline et tente de lui cacher, Pauline le sait et lui ment en retour), ou, tout du moins, sur une absence d’amour généralisée (Laura et son mari en sont un très bon aperçu).
De la même façon, le rapport à la sexualité charnelle[2] est une totale opposition lorsque l’on compare les rapports d’Olivier et Edouard à ceux, par exemple, de Bernard et Sarah. Ainsi, si ce dernier prend « …Sarah en haine et le plaisir qu’il goûtait avec elle en horreur », Edouard est serein après sa première nuit de volupté avec Olivier : « Exaltation calme et lucide. Joie inconnue jusqu’à ce jour ». Ce dernier dans sa propre exaltation cherchera à se tuer, pensant avoir atteint le paroxysme du bonheur. Il est à noter à ce propos que sa seule expérience hétérosexuelle lui avait insufflé l’idée du suicide, mais pour la raison exactement inverse : « C’est horrible… Après, j’avais envie de cracher, de vomir, de m’arracher la peau, de me tuer. »
Il apparaît donc ici que l’homosexualité est présentée sous le jour mélioratif de l’amour ; les autres couples, eux, ancrés sur des relations de passion, d’habitude, voire d’argent, sont instables et ne sont absolument pas attachants indépendamment des personnages qui les composent.
Ainsi, l’histoire de ce seul couple heureux, car seul amoureux, explique la découverte de la « saine homosexualité ».
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Dans un souci de banalisation de l’homosexualité, Gide nous présente donc l’histoire somme toute ordinaire d’un couple qui se cherche avant de partager enfin un bonheur commun. A ceci près qu’en parallèle de la découverte de l’autre, s’ajoute dans le cas d’Olivier et Edouard la découverte d’une part jusque là inconnue de soi-même. Néanmoins, le sentiment de leur homosexualité, s’il leur est tout d’abord insaisissable, est annoncée sporadiquement au lecteur par certaines allusions du narrateur. Il est dès lors possible de discerner les prémisses, puis la naissance d’une homosexualité qui apparaîtra comme libératrice.
A titre d’exemple, la gêne que ressent Bernard au contact du corps d’Olivier (après que celui-ci lui ait fait part de son dégoût du corps féminin !) est révélatrice d’une ambiguïté imposée par l’interrogation du narrateur : Olivier, collé à son ami, « dormait-il vraiment ? » En d’autres termes, cette promiscuité, en apparence exigée par l’exiguïté du lit, ne serait-elle pas le fruit du désir d’Olivier ? C’est ainsi qu’apparaissent les premiers signes de son homosexualité.
De son côté, Edouard est beaucoup plus prompt à reconnaître son homosexualité ; c’est le « coup de foudre » : « Dès son premier regard, j’ai senti que ce regard s’emparait de moi et que je ne disposais plus de ma vie ». On peut d’ailleurs imaginer que du fait de son absence totale de désir pour Laura, il avait finalement une sorte de prescience de sa différence.
Cependant, après l’aveu, reste à assumer une condition à l’époque scandaleuse. Or, Olivier refuse d’avoir honte d’être heureux : « Ne va pas t’imaginer que c’est par honte » dit-il à son amant au sujet de sa tentative de suicide. Comment alors ne pas faire le lien avec cette célèbre apostrophe de l’auteur : « Au nom de quel Dieu, de quel idéal me défendez-vous de vivre selon ma nature ? »
Deux cris du cœur, une seul revendication : Le refus de rougir de ce que l’on est.
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Par Rimmel, Lundi 19 Novembre 2007 à 23:57 GMT+2 dans Fayote! (ou mes travaux universitaires) (article, RSS)




