Etude sur La religion dans les "Lettres philosophiques" de Voltaire
Une étude d'une trentaine de page sur "La religion dans les Lettres philosophiques de Voltaire", avec bibliographie indicative et biographie du philosophe.
Matière: Littérature française
Année: Licence 2
Note: 19,5/20
Partie 1 : Etude
Introduction.
I. I. Une dénonciation sévère de religions galvaudées…
A. Une critique incisive des religions d’apparences
1) La confrontation de deux traditions spirituelles
2) Les bienséances : des codes de façade
3) Une satire tout en finesse
B. La religion instrumentalisée comme facteur d’insécurité populaire
1) La religion d’état ou le danger du despotisme
2) Le fanatisme religieux , une menace sur les libertés individuelles
3) Les dogmes religieux comme entrave aux avancées scientifiques
II. II. …Conséquence d’un cheminement inspiré mais réfléchi vers le déisme
A. L’influence des rencontres ou une formation théologique décousue
1) Une enfance entre jansénistes et libertins
2) Une formation de jésuite avortée
3) L’Angleterre comme prétexte à l’expression
B. La religion naturelle ou le fruit d’un questionnement personnel
1) Un tiraillement entre deux extrêmes spirituels
2) Un violent rejet du Dieu cruel des dogmes chrétiens
3) La religion naturelle ou un retour aux sources de la foi
Conclusion.
Partie 2 : Annexe
Annexe 1 : Notes
Annexe 2 : Bibliographie
Annexe 3 : Biographie de Voltaire
Extrait: Introduction + extrait liminaire de l'étude + biographie
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e XVIIIème siècle est le temps de toutes les évolutions : la révolution de 1789, l’âge des Lumières et les premières véritables découvertes scientifiques datent de cette période. C’est dans ce siècle en ébullition que naît François-Marie Arouet, dit Voltaire. La France, à sa venue au monde, est sans le savoir tiraillée entre un passé bientôt révolu de monarchie de droit divin, et un futur républicain. Notre pays entame donc alors un bouleversement politique. Outre-Manche, l’Etat est déjà parlementaire, point n’est besoin d’un nouveau renversement de régime. Ce seront les sciences et la philosophie qui iront de l’avant.
Et cette Angleterre intellectuelle attire Voltaire. Il décide d’y trouver refuge après ses amères déconvenues de courtisan1. En Grande-Bretagne, il découvre, outre un niveau de culture important, une société où des dizaines de religions cohabitent en harmonie. Il ne peut que comparer cette terre de tolérance à une France toute occupée à sa querelle entre Jansénistes et Jésuites. Et non seulement il compare, mais il réfléchit, critique et écrit. De toutes ces réflexions anglaises naîtront les vingt-cinq Lettres philosophiques. Sept d’entre elles seront dédiées à la religion. Dans presque chacune des autres, un lien sera fait avec la métaphysique et l’idée de Dieu. La dernière, cette conversation virtuelle avec Pascal, ajoutée postérieurement aux vingt-quatre originales, clôt cette pseudo-correspondance par un dialogue sur la religion.
C’est donc cette notion qui sous-tend toute cette œuvre. Il semble donc intéressant de s’interroger sur la teneur de ces remarques à caractère spirituel, et sur les sources des interrogations voltairiennes.
I. I. Une dénonciation sévère de religions galvaudées…
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a religion est un des thèmes principaux des Lettres philosophiques. Voltaire en effet semble s’amuser, tel un anthropologue, à dénombrer et dépeindre les différentes confessions qui coexistent en Angleterre. Cependant, il ne faut pas s’y tromper : Arouet n’est pas Lady Mary Montagu. En effet, les différents cultes rencontrés par l’auteur au cours de son voyage sont soigneusement étudiés et comparés à la religion catholique de la société française pour en tirer des conclusions théologiques, politiques et philosophiques. Ainsi, il ressortira deux principales matières de réflexion de cette étude spirituelle de Voltaire : la première, une critique incisive, bien que discrète des grandes religions d’apparences. La seconde, la dénonciation de la « religion instrumentalisée » comme facteur d’insécurité populaire.
A. Une critique incisive, bien que discrète des religions d’apparences
Voltaire commence par déprécier la religion catholique en la comparant directement à une autre, nécessairement meilleure pour lui: celle des quakers. Ceci fait d’ailleurs ressortir un jugement beaucoup plus générale sur les bienséances et les rituels, de vains codes de façades liés aux superstitions. Cependant la satire des religions de Voltaire se fait tout en finesse grâce à la subtilité de l’implicite.
1) La confrontation de deux traditions spirituelles : Quakers et catholiques.
Les quatre premières lettres sont dédiées à la description des mœurs et de l’histoire de la religion des quakers. Voltaire en effet, fréquente beaucoup les croyants de cette secte lors de son séjour en Angleterre. Mais, dans la bouche du vieux commerçant, la peinture de leur façon de croire prend une dimension bien plus large qu’une simple « étude théologique ». En effet, le quaker justifie ses étranges croyances par le relevé des contradictions qui se retrouvent dans le catholicisme.
Ainsi, dans la première lettre, « Sur les quakers », il relève l’ineptie du baptême : « Le christ reçut le baptême de Jean, mais il ne baptisa jamais personne ; nous ne sommes pas les disciples de Jean, mais du christ. ». De la même façon, une de ses remarques semble comporter une critique à la fois des croisades, mais aussi des guerres fratricides entre chrétiens français2 : « Notre Dieu, qui nous a ordonner d’aimer nos ennemis et de souffrir sans murmure, ne veut pas sans doute que nous passions la mer pour aller égorger nos frères… » (ibid.)
On retrouve ici un questionnement cher à Voltaire, sur les incohérences à la fois de la religion catholique, mais aussi de la Bible même. En effet, il semble avoir participé à l’Examen de Mme Châtelet, ouvrage d’exégèse critique des deux Testaments. On fonde cette hypothèse sur le contenu d’un courrier adressé par Arouet à son amie, qui paraît prouver son concours à l’ouvrage glossateur : « Vous m’ordonnez de vous faire un tableau fidèle de l’esprit des Juifs et de leur histoire … ».
De plus, G. Lanson, dans son Voltaire, confie qu’ « Il faut lire Dom Calmet pour s’expliquer Voltaire ». Or, Dom Calmet est la principale source de cette même Mme Châtelet pour son Examen. Ainsi, il semble bien que le vieux quaker soit ici le porte-parole d’un Voltaire dénonciateur des incohérences de la religion catholique.
Cependant, l’auteur des Lettres philosophiques a été accusé, au sujet de ces lettres, d’être bien trop clément envers ces sectateurs, de les présenter sous un jour favorable. En effet, Voltaire semble voir chez les quakers un déisme latent, par le biais de valeurs qui sont aussi les siennes.
Ainsi, la tolérance, si chère à son cœur, est prônée par cette secte protestante, dont le représentant et seigneur en Amérique, Fox, notifie qu’il faut « regarder comme frères tous ceux qui croient en dieu » (Quatrième lettre, « Sur les quakers »). La reconnaissance de l’universalité de l’Être suprême fait également partie de leur foi : « Cette lumière qui éclaire tous les hommes » (Seconde lettre, « Sur les quakers »).
Toutefois, c’est au XVIIIème siècle une opinion très répandue que le déisme couvert des quakers. Le Père Catrou, dans l’ Histoire des trembleurs, qualifie Fox de « déiste, qui déguisa ses véritables sentiments sous de légères apparences de Christianisme ». En effet, ce dernier doute de la divinité de Jésus-Christ et de la rédemption. R. Pomeau, de son côté, dans La religion de Voltaire, nous apprend que
Penn n’admettait pas la trinité : il étendit dans sa colonie la tolérance « jusqu’à permettre de s’en tenir à la seule adoration d’un Dieu créateur. C’était là autoriser le déisme » selon les autres protestants.
Il ne faut pourtant pas oublier que, partant d’Angleterre, Voltaire était fort fâché contre les protestants et les chrétiens en général, souhaitant même quitter l’occident3. Mais, plus tard, dans son Dictionnaire philosophique (au chapitre XX), Voltaire criera quand même son amour des quakers :
Je vous dirai, sans me répéter, que j’aime les quakers. Oui, si la mer ne me faisait un mal insupportable, ce serait dans ton sein, ô Pennsylvanie, que j’irai finir le reste de ma carrière s’il y a du reste […]
Les lettres sur les quakers nous informent donc avant tout sur Voltaire et sa pensée. Il serait cependant faux de croire que, parce que le vieux commerçant est le porte-parole d’Arouet, il est forcément personnage fictif. En effet, le quaker dont Voltaire nous donne une description relativement précise dans sa Première lettre « Sur les quakers » est Andrew Pitt, qui essaya sans doute de l’endoctriner ;
J’allai trouver un des plus célèbres quakers d’Angleterre, qui, après avoir été trente ans dans le commerce, avait su mettre des bornes à sa fortune et à ses désirs, et s’était retiré dans une campagne auprès de Londres. […] Le quaker était un vieillard frais qui n’avait jamais eu de maladie, parce qu’il n’avait jamais connu les passions ni l’intempérance : je n’ai point vu en ma vie d’air plus noble ni plus engageant que le sien.
Il lui envoya même, en 1732 l’Alciphron de Berkeley.
Mais le quaker « qui compta » le plus pour Voltaire fut Edward Higginson, qui lui fit étudier l’anglais sur le livre de Barclay, dont il fait mention dans la première lettre :
« [Tu peux voir les preuves de ma religion] dans l’exposition de notre foi par Robert Barclay… »
De la même façon, la visite à Hamstead de la première lettre ou l’office de la chapelle du Monument sont des moments vécus et non imaginés par Arouet :
« [La chapelle] où j’allai est près de ce pilier qu’on appelle le monument »
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Notes:
Biographie:
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1694 |
François Marie Arouet naît le 21 novembre à Paris. |
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1704 |
Il effectue de 1704 à 1711 de brillantes études de rhétorique et de philosophie chez les jésuites du collège Louis Le Grand. |
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1714 |
L’abbé de Châteauneuf, l'introduit dans les milieux mondains et libertins parisiens, après l’avoir présenté à Ninon de Lenclos. |
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1718 |
Dès sa sortie de prison (ses écrits satiriques de 1716 sur les amours incestueuses du Régent avaient fait scandale et lui avaient valu d’être emprisonné à la Bastille, de mai 1717 à avril 1718), le jeune Arouet prend le pseudonyme de Voltaire. Il présente sa première tragédie, Œdipe et connaît un beau succès. |
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1723 |
Il publie La Henriade, une épopée consacrée à la grandeur de Henri IV. |
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1726 |
À la suite d’une altercation avec le chevalier de Rohan, Voltaire est une nouvelle fois embastillé pendant deux semaines. A sa libération, il s'exile en Angleterre. Il y passera deux ans et demi. Ce séjour au sein de la monarchie parlementaire et libérale anglaise l'influencera. Il y découvrira notamment la tolérance religieuse et un "souffle"de liberté. |
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1732 |
Zaïre, tragédie écrite en trois semaines. |
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1734 |
Lettres Philosophiques. Voltaire y fait l’éloge des mœurs politiques anglaises; une façon pour lui de dénoncer les travers de la monarchie française. Ces lettres déclenchent un immense scandale. Elles sont condamnées à être brûlées et Voltaire, pour échapper à la Bastille, doit quitter Paris. Il se réfugie dans le château d'Emilie du Châtelet, à Cirey en Champagne. |
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1735 |
Traité de métaphysique. |
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1736 |
Alzire ou les Américains, L'Enfant Prodigue. |
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1738 |
Éléments de la philosophie de Newton, ouvrage de vulgarisation qui contribua largement à la diffusion des idées nouvelles. |
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1741 |
Mahomet ou le fanatisme, essai sur le drame du pouvoir. |
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1744 |
Le comte d'Argenson fait revenir Voltaire à Paris. Il devient historiographe du roi. |
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1746 |
Voltaire est élu à l'académie française |
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1748 |
Zadig : premier conte philosophique important de Voltaire. Sémiramis, tragédie. |
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1749 |
Mme du Châtelet, meurt en couches. Cette mort affecte profondément Voltaire qui décide alors de répondre à l’invitation de Frédéric II, et part pour la Prusse. |
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1752 |
Micromégas, conte philosophique qui traite de la relativité des connaissances. |
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1753 |
Brouille entre Frédéric II et Voltaire. Le philosophe doit quitter l’Allemagne. La France lui refuse l’asile, en raison du scandale causé par l'édition pirate de son Abrégé de l'Histoire Universelle. Voltaire s’installe à Ferney, près de Genève. |
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1757 |
Il collabore au septième tome de l’Encyclopédie. Les autorités genevoises n’apprécièrent pas l’article Genève qu’il y rédige, en raison des critiques sévères contre la République et la religion calviniste qu’il contient. |
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1759 |
Candide, conte philosophique considéré comme l’un de ses chefs d’œuvre. Voltaire de s’y moque de toutes les théories métaphysiques qui ne résistent pas à l’épreuve des faits. Mais c’est aussi un procès de l’intolérance, du fanatisme, de la mauvaise foi ou de la superstition. |
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1760 |
Voltaire s’établit à Ferney. |
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1762 |
Voltaire défend Calas, un huguenot condamné sans preuve pour avoir tué son fils, qu’il soupçonnait de vouloir se convertir au catholicisme |
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1763 |
Traité sur la Tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas ? C’est une protestation contre l’injustice faite à l’accusé et contre le fanatisme d’une accusation née de la rumeur et de la haine. |
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1764 |
Le Dictionnaire philosophique portatif. Voltaire y raille la métaphysique, le fanatisme, la théologie et y expose ses grands principes politiques : Lois, Etats, Gouvernements… |
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1765 |
La Philosophie de l'Histoire |
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1770 |
Neuf Volumes de Questions sur l'Encyclopédie |
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1775 |
Lettres de M. de Voltaire à l'Académie française |
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1778 |
Voltaire quitte Ferney le 5 février. Retour triomphal à Paris. Voltaire meurt le 30 mai et est enterré presque clandestinement, l'Eglise lui ayant refusé des obsèques. Pourtant, en février, 4 mois avant sa mort, il déclarait vainement, dans une ultime profession de foi : " Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis, en détestant la superstition.." |
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1791 |
Sa dépouille est transférée au Panthéon. |
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Par Rimmel, Lundi 19 Novembre 2007 à 23:55 GMT+2 dans Fayote! (ou mes travaux universitaires) (article, RSS)




