Etude sur la distorsion graphique dans "Zazie dans le métro" de Raymond Queneau
Matière: Histoire de la langue
Année: Licence 2
Note: 16,5/20
Sommaire de l’étude sur la distorsion graphique dans « Zazie dans le métro »
Partie 1 : Une conceptualisation scripturale de l’information entre néologisme et barbarisme.
Introduction
I. De la conceptualisation au néologisme.
A. Les chemins de la conceptualisation : Contraction syntaxique et extension sémantique.
1. La contraction syntaxique : pour une adéquation forme-sens.
2. L’extension sémantique : pour une graphie à double lecture.
B. Queneau, un auteur créatif : Vers un renouveau du vocabulaire français.
1. Pallier le manque de mots ou le recours au néologisme.
2. Réfléchir sur le littérature ou l’exploration des possibilités du langage.
II. De la déformation scripturale au barbarisme.
A. Le jeu de l’écrit phonétique : le français comme langue étrangère, les langues étrangères en français.
1. La prise en compte de l’accent par l’ignorance des règles orthographiques.
2. L’hybridation de la langue par l’écrit français de termes étrangers.
B. Queneau, un réformateur linguiste : vers une épuration des dogmes de la langue française.
1. L’œuvre de Queneau : un manifeste pour l’évolution d’une langue jugée obsolète…
2. … par une simplification de la transcription écrite de la langue orale.
Conclusion
Queneau, dans « Zazie dans le métro » semble chercher à conceptualiser les informations dans sa manière de les mettre en mot, ce qui fait de lui un auteur créatif, (se) permettant un renouveau lexical.
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Pour cela, il usera de deux procédés fondamentaux : la contraction syntaxique tout d’abord, permettant une adéquation forme-sens. L’extension sémantique, ensuite, de laquelle découlera une graphie à double lecture.
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En premier lieu, il convient d’expliciter la raison pour laquelle la contraction syntaxique constitue une conceptualisation. Celle-ci est la suivante : la contraction syntaxique permet une adéquation forme-sens, c'est-à-dire qu’une information est donnée en un seul terme, sans découpage grammatical. L’équation syntaxique est alors conceptualisée puisque le schéma discursif n’est plus le suivant, au minimum sujet + verbe +complément = une information, mais néologisme = une information. Sur le plan logique, on assiste alors à une refonte totale du thème et du rhème l’un en l’autre.
Pour illustrer ce propos, il peut être intéressant d’étudier plusieurs exemples issus de « Zazie dans le métro », sous la forme de tableaux commentés.
Tout d’abord, les expressions « lagoçamilébou » et « vozoizévovos » seront utilisées pour schématiser le premier processus de contraction syntaxique basé uniquement sur la transcription phonétique d’une information orale.
Dans un deuxième temps, le célèbre « doukipudonktan » (incipit du roman) et « aboujpludutou » serviront à illustrer le second processus de contraction syntaxique englobant aussi un non-respect des règles grammaticales habituellement propre à l’oral.
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Etapes |
Lagoçamilébou |
vozoizévovos |
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1 |
La gosse a mis les bouts |
Vos oies et vos veaux |
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2 |
La goç a mi lé bou |
Vo zoi zé vo vo |
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3 |
Lagoçamilébou |
vozoizévovos |
Etapes:
- Phrases correctes de départ. Il peut être intéressant de noter que le niveau de langue est courant, voire familier dans le premier cas. Les termes appartenant au registre de langage soutenu ne font jamais, dans « Zazie dans le métro », l’objet de contraction syntaxique.
- Réécriture en phonétique. Il est toutefois important de noter que Queneau n’écrit pas en alphabet phonétique, mais en écriture phonétique basée sur l’alphabet latin. Dans le deuxième exemple il semble important de noter que, et à l’inverse du premier, Queneau garde la marque du pluriel ; il la transforme cependant en –s, dans une volonté de simplification (le x final du pluriel étant une exception à la règle).
- Contraction. C’est l’ultime étape, qui fait de ce processus un processus de conceptualisation : l’information auparavant donnée par une phrase entière et construite est maintenant transmise par un seul terme.
Cependant la contraction syntaxique peut s’effectuer aussi en englobant une déformation grammaticale ou de prononciation de la phrase correcte.
Tableau 2.
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Etapes |
Doukipudonktan |
Aboujpludutou |
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1 |
D’où pue-t-il donc tant |
Elle ne bouge plus du tout |
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2 |
D’où [qu’il pue] donc tant |
Elle [¤] bouge plus du tout |
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3 |
D’où {qu’i} pue donc tant |
{A} bouge plus du tout |
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4 |
Dou ki pu donk tan |
A bouj plu du tou |
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5 |
Doukipudonktan |
Aboujpludutou |
Légende
[…] : déformation grammaticale.
{…} : déformation langagière.
Etapes
- Phrases correctes de départ. Mêmes remarques que pour le tableau 1.
- Déformation grammaticale. Dès cette deuxième étape, le lecteur potentiel entre de plein pied dans l’oralité, puisque la langue écrite se doit a priori d’être irréprochable. Du même coup, le niveau de langue devient indubitablement familier.
- Déformation de prononciation. Cette distorsion renforce encore l’oralité de ce discours ; à partir de là, on commence à « deviner » les personnages populaires de Queneau et leur parlé argotique.
- Réécriture en phonétique. L’auteur ne s’embarrasse plus d’aucune règle orthographique, seule la prononciation, l’oralité du discours, compte.
- Contraction. Le fait de conceptualiser ainsi l’information lui donne une plus grande force au sein du discours puisque cela la dégage des contingences habituelles de construction grammaticale ; l’idée d’unité est mieux transmise. De même, ce genre de termes est aisément repérable et identifiable dans un discours qui n’en reste pas moins, hors ces distorsions, structuré de manière conventionnelle.
Cette orthographe fortement oralisée entraîne donc une apparence d’amuïssement de l’auteur, qui semble ne plus intervenir dans le discours de ses personnages. Ceux-ci paraissent donc indépendants, leurs paroles ne subissant pas la subjectivité d’un narrateur qui reformulerait les phrases et corrigerait les erreurs ; les instances diégétiques vivent par elles-mêmes, et le lecteur ne fait qu’assister directement à leur vie. En effet, les protagonistes de « Zazie dans le métro » sont des personnages avant tout populaires, aux manières souvent grossières et au vocable presque argotique. C’eût alors été un non-sens de toujours leur faire respecter les règles grammaticales, orthographiques et phonétiques de notre langue...
Par Rimmel, Jeudi 15 Novembre 2007 à 01:00 GMT+2 dans Fayote! (ou mes travaux universitaires) (article, RSS)




